.: Sondage :.
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Signe ostensible d'appartenance au credo
Rasta, les Dreadlocks sont, depuis quelque temps déjà,
au centre des plus vives controverses. En témoigne cette tirade
indignée de la poète Sista Roberts à l'encontre
des " faux rastas " décrédibilisant la communauté par
l'adoption laïcisée des locks. Récupérées par la mode,
les dreadlocks n'offrent aucune garantie quant à l'identité culturelle
de celui qui les portent ou, pour reprendre la fameuse prophétie
rastafarienne : " il y aura des moutons et il y aura aussi des loups
déguisés en moutons ". Une toute autre polémique
agite les spécialistes du mouvement : sociologues, ethnologues,
anthropologues se crêpent la tignasse sur 1'époque et les
raisons présidant à leur apparition. Rassurez-vous, le débat sur les origines
dépasse de beaucoup les considérations " 2 en 1 " de
salon de coiffure. Arborer ces longues nattes non tressées
revêt plusieurs significations aux yeux d'un Rasta. La symbolique de la crinière léonine
est la plus souvent avancée : le lion animal emblématique
de l'Ethiopie, occupe dans l'imagerie rastafarienne une place quasi-totémique.
S'il fait partie intégrante du bestiaire biblique, la transposition
animalière vaut ici surtout pour ses qualités de courage
et d'orgueil : " lionheart ". Pour beaucoup, les " Knotty Dreads " symbolisent
une couronne les rattachant ainsi à la royauté, éthiopienne
incarnée par Haïlé Sélassié 1er le jour
de son sacre impérial. Si tous les rastas ne souscrivent pas nécessairement
aux lois mosaïques, bon nombre d'entre eux se réfèrent à l'Ancien
Testament. Les Saintes Ecritures fourmillent de références
plus ou moins explicites concernant la Chevelure. Se conformer aux principes édictés
dans le Lévitique (XXI-5) ou dans les Nombres VI-5 (" Aussi
longtemps qu'il sera consacré par son voeu, le rasoir ne passera
pas sur sa tête ; jusqu'à ce que soit écoulé le
temps pour lequel il s 'est voué à Dieu, il sera consacré et
laissera croître librement sa chevelure. ") implique-t-il
pour autant le port des locks ? Pour les rastas cela ne fait aucun doute. Outre le Voeu de Nazareth, d'autres raisons
sont mises en avant : le mythe de Samson ou encore les Racines. En d'autres
termes, les rastas sont soucieux d'apparaître visiblement tels
qu'ils sont essentiellement : les racines du peuple noir. De fait, les " Natty
Dreads " maintiennent cette relation élective avec l'Africanité. " Un
Rasta ne doit pas se couper les cheveux ou la barbe ; ce sont ses racines " me
confiait Donald Manning des Abyssinians lors d'un entretien en 1999. Les locks représentent également
un signe ostentatoire dans une vision du monde régie par la dualité Nature/Culture
: Zion et Babylone. Mais un renversement de perspective s'est
opéré : les Dreadlocks se sont muées en mode (" hairstyle ")
et les rastas les plus ombrageux n'ont pas fini de décrier les
imposteurs : " fashion dread " ; " false Rastas " et
autres " wolves ". Si l'on s'en tient à la version officielle,
les gardes dits " Ethiopian Warriors " du camp de Leonard Howell
(le Pinacle) se seraient laissés pousser les locks pour leur aspect
effrayant au terme des années quarante. D'autres observateurs du Rastafari ont émis
l'hypothèse selon laquelle les " locksmen " se seraient
inspirés des mystiques sâdhus (après l'abolition
de l'esclavage, de nombreux travailleurs en provenance de l'Inde ont émigré en
Jamaïque) qui portaient des locks atteignant parfois trois mètres
de long ! Selon le témoignage recueilli auprès de Joseph
Nathaniel Hibbert (un des fondateurs du mouvement rastafari), un petit
groupe de rastas du nom de " Jatavi " (terme désignant
les nattes dans la langue hindoue) possédait déjà des
dreads vers le milieu des années trente. Un universitaire argumente quant à lui
que les " dreadlocks " sont apparues au sein du courant rasta
par mimétisme et identification aux rebelles Mau Mau menés
par Jomo Kenyatta s'opposant au colonialisme britannique au Kenya dans
les années cinquante. Des photographies de ces combattants " kikuyu " ornés
de locks ayant été publiées dans certains quotidiens
jamaïquains. L'influence africaine n'est sans doute pas à négliger
dans la mesure où une multitude d'ethnies (comme signe de distinction
tribale ou confessionnelle) arboraient une coiffure plus ou moins similaire à celle
des rastas : les Okomfo (Ghana) ; les musulmans hétérodoxes
Bay'Fal ; les soldats " tyeddo " de la société wolof
pré-islamique ; certains prêtres coptes d'Ethiopie " Bahatowie " ;
les tribus Bono, Oromo, Massaï ; Galla... On peut s'échiner à passer
l'Histoire au peigne fin et remonter ainsi jusqu'à César
décrivant les " cheveux comme des serpents " des Celtes...
Le sociologue Barry Chevannes soutient pour sa part que les dreadlocks
se sont développées dans une communauté rasta, la
Youth Black Faith, fondée en 1949. Jusqu'alors la presse qualifiaient les rastas
de " barbus ". Les jeunes radicaux de la YBF entendaient rompre
avec la vieille garde rasta qui était à leur sens trop
compromise avec le système et encore entachée de christianisme.
Cette rupture générationnelle entre les traditionalistes
(" combsomes " : ceux qui continuaient à se peigner)
et les " Dreadfuls " ou " Warriors " avait précisément
pour motif l'adoption ou non des locks. Cette discorde n'a rien d'un
détail capilliculturel : pour les dreadfuls, se peigner ou se
défriser les cheveux signifiait que l'on restait marqué du
sceau de la civilisation occidentale. A ce jour, le sujet n'est toujours pas tranché entre " drednis " et " baldhead " ... Paru dans RAGGA Vol.11, écrit
par Boris Lutanie
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